Une tradition orthodoxe bulgare veut qu’on allume un cierge et de l’encens pour les morts. J’ai filmé l’accomplissement de ce rituel pour qu’il devienne ritualization.
Le processus mis en place permet à l’acte de faire sens. Son efficacité réside dans l’intention sincère (niya, en arabe) qui anime la volonté de transformation, il y a un avant et un après. L’encens, élément préparatif et débutant le rituel, aide à entrer en soi ou en contact. Sa symbolique purificatrice envisage l’instant comme un passage : un lien entre deux mondes, deux étapes. Le cierge et sa flamme, seule source de lumière ici, fixent la temporalité d’un temps consacré au défunt.
C’est alors que la mise en situation virtuelle d’une succession de gestes, accomplie comme rite, devient ritualization. L’enregistrement, la mise en scène et la réalisation font de cette unique exécution un rite qui peut être reproduit à l’infini. De plus cette création filmique cherche à fixer un moment précis de transformation dans le rapport à l’Autre, celui qui n’est plus.
La mise en mots participe également à cette ritualization car sa réalité est éphémère et contraint le lecteur/spectateur par sa justification individuelle et syncrétique.


